Parce que l’eau, c’est la vie

«Il fait une chaleur écrasante au Burkina Faso aujourd’hui. La langue colle au palais et la chemise au corps. On souhaiterait pouvoir plonger tête la première dans une eau fraîche et claire ou simplement avaler un grand verre d’eau. Malheureusement, ce n’est pas si simple : l’eau potable est une denrée rare ici. Plus de 783 millions d’individus dans le monde n’ont pas accès à de l’eau propre. Le changement climatique exacerbe encore ce problème. Et les enfants en sont les premières victimes.

Les auteurs de l’initiative: Roger Harlacher et Ronald Haug ont lancé l’idée de Vives en 2009. Ces deux hommes dans la force de l’âge se font fixé comme but de fournir de l’aide là où elle est vraiment nécessaire.

Roger Harlacher et Ronald Haug se sont rendu compte de ce problème et ont décidé d’agir. C’est pour cela qu’ils ont créé VIVES en 2011 : ils veulent apporter leur aide là où elle est nécessaire. VIVES est un dérivé du mot latin vivus, qui signifie vivant ou vif. Le concept de VIVES est simple: tous ceux qui boivent de l’eau VIVES apportent leur soutien. Pour chaque bouteille d’eau minérale VIVES vendue, 10 à 20 centimes (en fonction de la taille de la bouteille) sont directement versés à des projets d’aide dans des régions en détresse. En achetant de l’eau minérale VIVES, chacun de nous peut ainsi aider de manière simple et directe. Les dons récoltés sont utilisés pour construire des puits dans les zones en difficulté.

Nous nous sommes entretenus de ce projet avec Roger Harlacher.

Roger Harlacher, qu’est-ce qui vous a poussé à fournir de l’aide en Afrique?

Je trouve qu’il est important, ici en Suisse, de garder un œil ouvert sur le monde et de pas être uniquement concentrés sur notre propre pays. Si l’on regarde plus loin que le bout de son nez, on s’aperçoit que beaucoup de pays à travers le globe sont confrontés à des problèmes qui nous touchent ou même nous mobilisent. J’ai souvent voyagé en Afrique en tant que touriste et homme d’affaires et j’ai pu constater à quel point la situation de l’eau y est dramatique.

Qu’est-ce que cela a déclenché en vous?

Je sais qu’il y a un grand nombre d’organisations qui font beaucoup de bien et essaient de corriger les dysfonctionnements. Tout de même, j’ai ressenti le besoin d’apporter ma propre contribution et de ne pas rester un spectateur passif. Je me suis dit : « Ou je contribue via des dons à une organisation humanitaire, ou je mets sur pied mon propre projet. » La vie et l’avenir des enfants en Afrique me tiennent profondément à cœur. Beaucoup d’enfants n’ont pas accès à l’école parce que leur famille les affecte à d’autres tâches – celle d’aller chercher l’eau, par exemple.

Comment, à partir de ce thème, vous est venue l’idée de Vives?

Il y a dix ans, je me suis dit : « Pour aider les enfants, il faut disposer d’un moyen, ce qu’on appelle un "transporteur" ». C’est ainsi que m’est venue l’idée de l’eau, qui est un thème récurrent en Afrique. J’ai rencontré plusieurs embouteilleurs, dans l’espoir d’en trouver un qui accepte de mettre en bouteilles et de vendre l’eau pour nous. Une chose était claire à mes yeux : je voulais de l’eau de Suisse. En parallèle, j’avais aussi besoin d’une fondation.

Photo: VIVES

Comment vous y êtes-vous pris?

Je ne suis pas un expert en fondations. Je savais que j’avais besoin d’aide en ce domaine. De plus, j’étais très motivé à l’idée de lancer ce projet avec quelqu’un d’autre. J’ai donc tout naturellement pensé à Ronald Haug, un camarade d’étude qui gère la fondation « lanterne magique ». Je lui ai parlé de mon plan et il a tout de suite été enthousiaste.

Quelle a été la suite ?

Après le travail de conception, nous avons démarré ensemble le premier projet et avons versé une avance pour le premier puits au Sénégal. L’ensemble a été entièrement financé à titre privé. Parallèlement à cela, je cherchais une source pour notre eau. Le problème est que chaque source ne peut embouteiller qu’une seule eau. Après quelques rencontres, nous sommes parvenus, à notre grande joie, à conclure une coopération avec « Adelbodner ».

Comment cela fonctionne-t-il avec la source ?

Chaque source dispose d’un mécanisme de captage. Un captage correspond à une marque. Ces captages sont très rares, c’est pourquoi les entreprises ne les accordent pas volontiers. Adelbodner a été très enthousiasmée par notre idée et par l’eau VIVES et a accepté de collaborer. Cette collaboration est toujours excellente aujourd’hui, ce dont nous sommes très reconnaissants, tout comme les nombreux individus qui bénéficient de nos projets.

Avez-vous coopéré avec des détaillants ?

Oui, SPAR a par bonheur accepté d’être notre canal de distribution. Nous y avons été présents en qualité de projet anniversaire, mais cette présence était malheureusement limitée. En parallèle, nous avons cherché des solutions pour vendre VIVES par le biais d’entreprises. C’est notre objectif principal. Une entreprise a mis à la disposition de ses employés l’eau VIVES, fournissant ainsi une contribution directe.

Et c’est ainsi que les dons ont pu avoir lieu ?

Exactement. Par ce moyen, la société peut soutenir des projets ou réaliser un projet propre et le superviser sur place le cas échéant, ce qui établit notre crédibilité. Par ailleurs, les voyages sont toujours payés avec des fonds privés. Même nos voyages sont toujours financés de notre poche. Nous voulons investir chaque franc là où c’est nécessaire.

Quels ont été les obstacles majeurs ?

Le gros obstacle, certainement, a été de trouver une source. Il fallait créer un produit et passer de l’idée à la réalisation. Nous avons aussi investi beaucoup de temps dans la recherche du partenaire idéal pour la construction des puits.

Ça n’a vraisemblablement pas été de tout repos. Comment vous y êtes-vous pris?

Nous avons travaillé avec différentes organisations d’entraide présentes dans les pays correspondants et avons étendu notre réseau pour comprendre des personnes déjà sur place. En ce moment, par exemple, nous avons un projet au Kenya. Je suis en contact étroit avec une connaissance à la tête d’une fondation qui s’occupe de la construction d’écoles.

Y a-t-il eu d’autres obstacles ?

L’autre difficulté est que la plupart des organisations, dans quelque pays d’Afrique que ce soit, sont situées dans la « pampa ». Il faut pouvoir s’assurer que les forages sont effectués, que les matériaux sont disponibles et que les personnes disposant du savoir-faire nécessaire sont présentes. Ces personnes sont responsables de la construction, de la phase successive à celle-ci et de la garantie de durabilité.

Photo: VIVES

Comment peut-on garantir la durabilité ?

Tous les villageois versent une petite contribution mensuelle au fonds pour l’eau. Dans chaque village, un comité de l’eau est chargé d’utiliser ce fonds pour entretenir le puits. Le fait de payer un montant pour le puits donne aux habitants du village un « sentiment de propriété ». Le comité est régulièrement en contact avec la population et examine la situation. Nous recevons également des rapports réguliers.

Vous concentrez-vous uniquement sur l’Afrique ?

Non, pas exclusivement. Mais nous sommes très focalisés sur l’Afrique. Nous avons aussi un projet au Cambodge et avons examiné un concept en provenance du Tibet.

Comment cela fonctionne-t-il du point de vue logistique ? Quelqu’un en Suisse décide de percer un point d’eau en Afrique ?

Ce n’est pas si simple. Voilà pourquoi nous avons besoin de personnes de confiance sur place. C’est l’unique possibilité pour réaliser les projets.

Quel est votre projet actuel ?

A l’heure actuelle, nous travaillons sur un concept au Kenya et en Ethiopie. La situation liée au coronavirus a malheureusement retardé ces deux projets, qui seront par bonheur réalisés d’ici la fin de l’année.

Les fondations sont en concurrence constante avec les autres organisations humanitaires. Comment voyez-vous la situation ? Outre les dons directs, Vives dispose également de dons via le produit, ce qui vous distingue des autres fondations

C’est juste. Notre eau n’est pas vendue par Vives, mais par une société privée. La fondation Vives est le profiteur et reçoit 10 centimes pour chaque petite bouteille et 20 centimes pour chaque grande bouteille vendues. Si VIVES est commercialisée via Stardrinks (une filiale de Heineken), Heineken verse encore une moitié de ces sommes en dons.

Combien coûte la réalisation d’un projet de puits en Afrique ?

Entre 5'000 et 12'000 francs en fonction de la constellation. Notre but est de réaliser trois à cinq projets par an. Au fil des années, nous avons pu construire 27 puits et aider des milliers de personnes, en particulier des enfants.

Photo: VIVES

Etes-vous sur place lorsqu’un puits est inauguré, par ex. ?

Pas toujours, mais souvent. La communauté villageoise et le « chef » du village organisent une fête avec danses et chants. Ce sont des moments merveilleux et chargés d’émotions qui nous renforcent dans notre conviction de faire ce qui est juste.

Pourquoi n’est-ce pas l’état qui met ces puits à disposition ?

En plus des nombreux autres sujets difficiles, les états s’occupent aussi de cela. En Afrique, cependant, les retards au niveau des investissements sont tels qu’une grande partie de l’argent est dirigé vers les centres économiques, tandis que les régions périphériques sont souvent délaissées. Et c’est justement là que nous intervenons.

Tout le monde sait que le manque d’eau est immense en Afrique. Mais comment fonctionne un puits, comment arrive-t-on à l’eau ?

Au début, on recherche la nappe phréatique. Il existe de nombreux systèmes intelligents qui effectuent des mesures et indiquent la position de la nappe sur la base des données relevées. Les forages sont effectués en se fondant sur ces évaluations, mais sans savoir à quelle profondeur se trouve l’eau. Plus la nappe phréatique est profonde, plus l’accès à celle-ci et la construction des conduites sont problématiques. Beaucoup de régions disposent de nappes phréatiques, mais celles-ci sont limitées, voire parfois épuisées.

Limitées à quel point ?

Dans les régions plus grandes, il est possible que la nappe phréatique se situe à 10 kilomètres d’un village qui n’y a pas accès. Pour se la représenter, il faut imaginer un grand lac souterrain.

Outre la fourniture d’eau, comment soutenez-vous les villages ?

Beaucoup de villages et d’écoles n’ont pas accès à de l’eau propre. L’hygiène est difficile à mettre en place, car les installations sanitaires sont inexistantes ou insuffisantes. Là aussi, nous aidons à transmettre les connaissances en matière d’hygiène. En raison de ces dysfonctionnements, beaucoup de parents ne laissent pas leurs enfants aller à l’école. Actuellement, en raison du COVID 19 et alors que l’hygiène est si importante, l’absence d’accès à l’eau propre est particulièrement problématique.

Un projet fantastique! Jetons maintenant un regard vers l’avenir, Monsieur Harlacher:

Je ne sais pas où nous serons dans 10 ans. Mais une chose est sûre : nous voulons nous investir encore davantage pour cette mission qui nous tient à cœur et réaliser autant de projets que possible. Emotionnellement parlant, c’est là que nous avons le plus à gagner : nous savons que, via nos projets, nous améliorons durablement la vie des habitants des villages d’Afrique.

 

<<Parce que l’eau, c’est la vie>>

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